Articles de presse Lisa Gerrard 1998
 
Lisa Gerrard And Pieter Bourke Nadro Press release
Press Release
 
Nadro - A film by Ivana Massetti

Nadro, the Revealer -
Nadro, he who does not forget -
Nadro, Frederic Bruly Bouabre -
Nadro, a film to tell the story of the man, the artist, to know his life, his work, to discover the many facets of his personality -
Those of the sage, the mystic, the inventor, the researcher, the pacifist, the teacher, the philosopher, the poet, the communicator, the prophet, the scholar, the searcher, the writer, the storyteller, the visionary, the artist.

Nadro, a film which combines reality and fiction.

Italian film maker Ivana Massetti first met Frederic Bruly Bouabre at an art exhibition in 1996. "He wrote my name on a piece of paper, using the signs of his alphabet", recalls Massetti. "We began to talk. He leraned that I was born in Todi, a small village in Italy where Alighiero Boetti, the artist, who had been a close friend of his, had owned a house and studio. An artist that I knew well".

"As a child with other children, I used to spy on this famous man who painted huge canvasses before which we would stand speechless, overwhelmed by their grandeur, by their mystery. These paintings represented the outside world, the unknown, everything that was beyond our knowledge and imagination. And we were enchanted." Massetti remembers that "the contact was immediate between Frederic Bruly Bouabre and myself, as well as the sense of complicity. He speaks a metaphorical language which is not foreign to me. He talked and I understood him. And time seemed to suddenly stand still. It was as if this discourse, coming and going between us, had been going on forever. It was everything I needed. That's the word - need!"

"This film was born of a need. Not a privelige but a need. I felt the need to desribe this timeless individual, his thoughts, his inner life, his densely significant imagination, his art, his religiousness, his myticism. I was deeply attracted to the indissoluble link between the man and the artist, the artist and the man."

Frederic Bruly Bouabre has developed, over forty years, a multifaceted body of work. On March 11th 1948, following a "divine vision, he became Cheik Nadro (he who does not forget), the revealer. From that time on he has dedicated himself to the mission of passing on what he has learned and exposing the richness of African culture to the world. His creative efforts are all directed toward that goal.

Inspired by the strange stones of Bekora, a village in the west of the Ivory Coast, he invented in 1956 an alphabet which is capable of transcribing all of the worlds languages, and which graphically represents his native tongue, Bete. Through writing and drawing he sets down legends and ancestral myths. In other writings he displays poetic thought, which is fraught with mysticism.

The 74 year old Ivorien sage, who lives in Abidjan, entered the international artistic scene with the exhibition Magicians of the Earth in 1989 in Paris. Since then his work is frequently on display in solo and group shows in Europe, Japan and the United States.

Nadro was written, produced and directed by Ivana Massetti. It intermingles black and white images with color. Black and white to recount the life of the man, color to recount his art. Black and white to sense the drama of his homeland, the profundity of its spaces, it's endless sky. Color to reveal his imagination, his dreamworld, to visualize his drawings and his legends. A sudden and violent explosion of color in a solemn world, dense with meaning and rituals.

The film's soundtrack includes original compositions by Lisa Gerrard and Pieter Bourke, which were written specifically for the film. Gerrard and Bourke also contributed the track The Unfolding, from their album, Duality. No soundtrack album was ever released, but two songs, Awakening and Jungabaya, were made available on Gerrard and Bourke's, Human Game cd-single, which was released on 4AD records in 1998. The film also includes contributions from David Byrne, Joji Hirota, Pol Brennan, Guo Yue, Dead Can Dance and Portishead.

For more information on Nadro contact: ARTEMESIA FILMS in Paris. Tel (331) 44 58 18 24 Fax (331) 44 58 18 29
50, Rue Croix de Petits champs - 75001 PARIS

Nadro, la légende de Bruly Bouabré

La réalisatrice italienne, Ivana Masssetti, s'est aliénée les services du français, André Magnin, passionné des arts, et de Yaya Savané, conservateur du musée des civilisations de la Côte d'Ivoire, pour signer . Nadro, en langue bété, celui qui n'oublie, un film de long métrage sur la vie et l'oeuvre du patriarche Frédéric Bruly Bouabré, originaire de Zépréguhé, village de la préfecture d'Issia. En décembre 1996, lors du tournage, nous avions échangé autour du film avec André Magnin et Yaya Savané. Leurs éclairages vous permettront de mieux lire le film présenté, aujourd'hui en exclusivité, sur l'écran de l'hôtel Ivoire. Demain et après demain, ce sera le tour des habitants de Daloa et de Zépréguhé.

Comment est né l'idée du film Nadro consacré à Frédéric Bruly Bouabré par la réalisatrice italienne, Ivana Massetti ?

André Magnin : Il faudrait rappeler que, depuis ma rencontre avec Frédéric Bruly Bouabré en 1987-1988, j'ai pu grâce à sa confiance et avec la collaboration étroite de Yaya Savané, arriver à faire une collection suffisamment importante de ses oeuvres dont l'achat lui a permis de se concentrer plus encore sur son travail. Est né de cette collaboration entre trois personnes un certain nombre de projets qui ont pris corps et qui ont été réalisés un peu partout, notamment des expositions dans certains musées et centres d'art du monde entier. (...) Aujourd'hui, dix ans après notre rencontre, Bruly Bouabré comme artiste a une véritable reconnaissance. (...) Par delà les expositions, Yaya Savané, ces dernières années, m'envoyait sa production si elle est quasiment complète, car il y a dans l'oeuvre, d'une façon intrinsèque, un tout ; une sorte de globalité qu'il nous a fallu absolument préserver. C'est ce qui l'a amené à nous confier ses dessins de façon à ce qu'on repère dans toute son oeuvre, les oeuvres uniques comme l'alphabet constitué de 48 pièces, la grande série connaissance du monde avec ses sous séries, ses groupes et ses sous groupes. Il est évident que de façon à transmettre sa véritable pensée, il nous a fallu être très attentif à cette production extrêmement diverse et complexe, pour ne pas la dénaturer. (...) Nous n'avons pas pu trouver, à travers une exposition, compte tenu de l'aspect protéïforme de son oeuvre, la façon de faire connaître dans sa globalité, le monde "brulien". Un certain nombre de textes ont été déjà publiés notamment La légende de Domin et Zézé ; son autobiographie, On ne compte pas les étoiles, mais nous signalons qu'il a au moins 200 manuscrits touchant à tous les domaine du savoir, également à sa haute tradition africaine et en particulier à celle des bété. Il nous est apparu que l'unique possibilité pour transmettre cette pensée "brulienne" et la grandeur de l'homme, était le cinéma. (...) Aussi avions nous pensé qu'il fallait saisir le moment où il est encore en pleine forme - il a au bas mot 78 ans -, pour qu'il soit son propre acteur. Avec sa voix, sa parole, ses mots, sa beauté, et sa grandeur qui est flagrante dans l'image cinématographique. Pour nous, il est un des derniers universalistes, puisque c'est une véritable cosmogonie qu'il a mise en place, de fixer sur la pellicule la vie et l'oeuvre de cet homme.

Yaya Savané : Ce film résume vraiment l'essentiel, parce qu'il y a aussi le souci d'archivage de tout ce savoir auquel tu viens de faire allusion.

A. M. : Je veux ajouter que, compte tenu du caractère polymorphe de l'oeuvre, des événements qui sont survenus dans sa vie, lesquels tiennent parfois presque de la fiction, nous avons tenu à ce que ce film, plus qu'un documentaire, prenne la forme d'un véritable long métrage, un film d'auteur.

Quelle est la part de la fiction dans le film par rapport au vécu même de l'artiste ?

A. A. : Au fond, ni Ivana Massetti, la réalisatrice, ni Yaya Savané, ni moi-même n'avons inventé quoi que ce soit Le scénario du film a été écrit pat Ivana à partir des événements consignés par Bruly Bouabré lui-même dans son autobiographie On ne compte pas les étoiles, d'une étude approfondie de ses manuscrits, de son oeuvre visuelle plastique, de nos informations. C'est à partir de toutes ces informations que Ivana a conçu une sorte d'histoire d'aventure de cet homme.

Le scénario élaboré par Ivana Massetti reflète-t-il fidèlement la vie de l'homme Bouabré, pour vous qui avez réussi à pénétrer sa pensée la plus profonde ?

A. A. ; On est reparti des informations depuis son adolescence, son plus jeune âge, jusqu'aujourd'hui. On a voulu rester fidèle à tous les événements de sa vie, à toute son histoire. Par contre, le film prend une dimension de fiction au niveau de la symbolique des images. Comment arriver à mettre en scène un Bruly, il y a 50 ans ? C'est à travers les techniques purement cinématographiques, et des artifices que les réalisateurs et les cameramen connaissent. La succession d'images donne l'impression d'une fiction, alors qu'on s'en tient à la réalité des faits.

Y. S. : C'est vrai que nous avons mis tous les documents à la disposition de la réalisatrice ainsi que toutes les oeuvres de Bruly. Il y a aussi une question d'interprétation. André et moi, nous lui donnons de indications et veillons à une certaine objectivité des propos, de ce que nous voulons surtout faire dire à Bruly, de ce que le scénario lance comme trame même s'il s'ensuit une fiction. Mais les faits restent têtus. Et on y tient beaucoup pour être en conformité avec la profondeur de la pensée de Bruly. Et d'ailleurs, une des inquiétudes qu'on essaie de partager est que tout va bien pour l'instant; mais comment amener Bruly à se libérer, à exploser, à dire la profondeur de sa pensée, sans être pris dans un carcan. Et de ce point de vue, le rôle et la connaissance de l'oeuvre permettent aussi d'apporter souvent des correctifs à la marche de l'histoire de l'artiste. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a une fidélité par rapport au parcours de l'homme.

A. M. : Nous tenons à Ivana comme nous tenons à être en permanence surpris par l'homme Bruly. Et dans le film, il nous surprend. On tient à lui donner le maximum de liberté. Et lui-même aussi, en rejouant des scènes de sa vie, peut se remémorer des choses qu'il avait peut-être perdues ou cachées ou que nous mêmes, nous ne connaissions pas. Ivana a eu la grande intelligence de laisser à l'homme beaucoup de liberté pour qu'il puisse donner toute la mesure de sa grandeur, de sa personnalité, de son histoire d'homme.

La scénariste, Ivana qui est en même temps la réalisatrice, s'est-elle rendue sur les lieux qui ont marqué la vie de Bruly Bouabré, par exemple à Dakar, pour conférer une authenticité à son écriture ?

A. M. : Il n'y a pas de tricherie. Jamais ! Une des caractéristiques qui fait la grandeur de Bouabré, c'est que dans son oeuvre, il n'y a pas de place pour la tricherie. (...) On a tourné la scène de Dakar dans un bureau en Côte d'Ivoire. En Afrique, dans les années quarante ou cinquante, un bureau qu'il soit à Dakar ou à Abidjan, se ressemblait. Par contre, tout ce qui touche aux événements de sa vie, respecte le contexte culturel, géographique et environnemental.

Y. S. : Le cinéma est ce qu'il, mais quel que soit le changement d'espace, de lieu où se déroulent les scènes, nous avons mis l'accent sur la dimension écriture de l'homme. (...) Ce qui est frappant chez lui, c'est son sens aigu de l'observation. Il l'a tellement développé que finalement rien ne lui échappe (...)

Avez-vous bénéficié du soutien financier de certains mécènes pour boucler le film ?

A. M. : (...) Ivana, auteur et réalisatrice, son mari Jon Sperry, producteur et moi-même, nous nous sommes associés sur ce film. Notre force de travail, nos talents, nos connaissances sont mis gratuitement à disposition de toute une équipe. (...) C'est chiffré et l'équivalent de cette rémunération est mis dans la production. C'était nécessaire pour pouvoir réaliser le projet. (...) Nous avons eu la chance d'avoir Agnès B., grande admiratrice de l'oeuvre de Bouabré, une femme de culture très engagée dans l'art. Elle est la principale coproductrice. (...)

Propos recueillis en décembre 1996
par Francis Bagnon